Le secteur numérique en France, longtemps considéré comme un moteur de croissance, traverse une période d’incertitude. Le syndicat des entreprises du numérique, Numeum, a récemment mis en lumière un ralentissement alarmant de l’activité dans ce domaine, avec des prévisions de croissance qui plongent de manière significative. Alors que la demande en services numériques diminue, les préoccupations concernant l’emploi et les investissements se font de plus en plus pressantes.
Numeum et le ralentissement de la croissance du marché numérique #
Dans son dernier Observatoire de conjoncture, Numeum anticipe une progression du marché numérique français de seulement 1,8 % en 2025, un chiffre bien en deçà des 4,1 % précédemment envisageés pour cette année. Cette baisse préoccupe les acteurs du secteur qui, après des années de croissance soutenue, commencent à ressentir les effets d’une morosité ambiante. Cette situation s’explique en partie par une reprise constatée dans d’autres secteurs économiques tels que l’industrie manufacturière, la banque et le commerce, qui réduisent par conséquent leur demande en services numériques.
Il est essentiel de comprendre les facteurs ayant conduit à cette décélération. Parmi eux se trouvent des éléments contextuels, tels que l’instabilité politique et économique, qui pèsent considérablement sur la capacité des entreprises à entreprendre de nouveaux investissements. Les projets de transformation numérique sont souvent gelés ou reportés, un phénomène particulièrement perceptible chez les entreprises de services numériques (ESN) et les sociétés de conseil en technologies, dont l’activité devrait chuter respectivement de 2,1 % et 2,5 % cette année.
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| Année | Prévisions de croissance (%) | Impact sur les ESN (%) | Impact sur les sociétés de conseil (%) |
|---|---|---|---|
| 2023 | 6,5 | +0,7 | +1 |
| 2024 | 3,5 | – | – |
| 2025 | 1,8 | -2,1 | -2,5 |
Les acteurs clés du marché numérique français
Malgré cette conjoncture difficile, certains acteurs semblent tirer leur épingle du jeu. Les éditeurs de logiciels et les plateformes cloud se distinguent avec une croissance de 8,2 %. Cette dynamique est encouragée par la tendance croissante au « move to cloud », où de nombreuses entreprises optent pour une migration vers des solutions basées sur le cloud, augmentant ainsi leur consommation des ressources cloud.
Au sein de cette mouvance, des entreprises telles qu’Atos, Capgemini, Dassault Systèmes, Orange, Thales, et Sopra Steria se positionnent de manière stratégique, explorant de nouvelles manières d’assister leurs clients dans ce changement. Dans le même temps, le besoin urgent d’innover est palpable, notamment face à un marché qui exige un renouvellement constant des compétences et des services proposés.
L’impact sur l’emploi dans le secteur numérique #
Le ralentissement douloureux du secteur numérique a des répercussions directes sur l’emploi. Pour la première fois depuis la crise financière de 2009, le nombre d’emplois dans le numérique a chuté, enregistrant une perte de 7 000 postes l’année dernière. Ce recul a neutralisé les créations d’emplois nettes observées en 2023, ramenant le total à environ 666 000 postes.
- Les jeunes diplômés et alternants sont particulièrement touchés, car 36 % des entreprises envisagent de réduire leurs recrutement en 2025.
- La difficulté à pourvoir des postes clés, notamment dans les domaines de l’IA, constitue également un défi majeur.
- Le taux d’occupation des équipes des ESN a chuté de 32 %, signalant une crise de demande.
Cette situation a conduit de nombreuses entreprises à réévaluer leur stratégie de recrutement. Alors que le marché du travail devient ambigu, il serait tentant de rester prudent dans les embauches. Cependant, des voix s’élèvent pour plaider en faveur d’une direction contraire, encourageant les organisations à investir dans le développement des talents pour sécuriser leur compétitivité future.
| Type de poste | Impact de la baisse d’activité (%) |
|---|---|
| Jeunes diplômés | -36 |
| Postes techniques | -32 |
| Sociétés de conseil | -2,5 |
Les enjeux de l’innovation et de l’intelligence artificielle
Un autre aspect critique est l’enthousiasme croissant pour l’intelligence artificielle. Bien qu’exprimée par un nombre croissant d’entreprises initiant des projets dans ce domaine, l’adoption des solutions d’IA ne suit pas le rythme escompté. Moins de 50 % des entreprises mènent des projets d’IA générative, mais celles-ci peinent souvent à progresser au-delà de la phase de preuve de concept (POC).
Les défis rencontrés sont similaires, la recherche faite par Numeum révèle que 47 % des décideurs informatiques interrogés estiment que le manque de compétences constitue l’un des principaux obstacles à l’implémentation efficace de l’IA. Par ailleurs, les difficultés à identifier des cas d’usage à forte valeur ajoutée pèsent également sur les initiatives en cours. Ce phénomène de stagnation dans l’adoption de l’IA pourrait bien affecter la compétitivité à long terme des entreprises françaises.
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Les stratégies face à un marché incertain #
Dans un environnement économique devenu instable, Numeum appelle à une réponse collective visant à dynamiser l’innovation. Un entretien avec Benoît Darde, administrateur de Numeum et directeur associé chez Wavestone, met en lumière le besoin désespéré d’un soutien constant à l’innovation. Selon lui, ne pas revenir sur les armes fiscales actuelles comme le Crédit d’impôt recherche, le Crédit d’impôt innovation et le statut de Jeune entreprise innovante s’avère crucial.
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Pour naviguer dans ce brouillard, les acteurs du secteur numérique doivent prendre plusieurs mesures clés :
- Évaluer les risques : construire des scalaires de risque pour anticiper et réagir à l’évolution du marché.
- Investir dans la formation continue : améliorer les compétences du personnel pour répondre aux besoins d’évolution technologique.
- Encourager la collaboration : travailler dans un écosystème réunissant acteurs privés et publics pour garantir l’innovation.
Les préoccupations concernant l’évolution rapide des enjeux de souveraineté numérique s’intensifient parallèlement. Les DSI interrogés sur ce sujet concluent que bien qu’il y ait une prise de conscience, cela ne se reflète pas encore dans les carnets de commandes. Les entreprises doivent développer une politique d’achats responsables favorisant les technologies souveraines, ce qui garantirait aussi une certaine liquidité au sein du marché.
Mesures à prendre
Objectif
Évaluation des risques
Anticiper les évolutions du marché
Investissement dans les talents
S’adapter aux besoins technologiques
Collaboration inter-entreprises
Assurer une réflexion collective sur l’innovation
Le rôle des politiques publiques dans la relance du numérique
La conjoncture actuelle souligne l’importance d’un environnement propice aux investissements dans le secteur numérique. Les actions des pouvoirs publics sont primordiales pour assurer non seulement la viabilité économique des entreprises, mais aussi l’attractivité du marché français. Le soutien à l’innovation, par le biais de subventions ou d’incentives fiscales, doit être maintenu pour encourager la recherche et le développement.
Le rôle des institutions dans la relance est crucial. Une collaboration accrue entre les entreprises et l’État permettra d’implémenter des politiques qui soutiennent la croissance. Cela passe par des initiatives claires visant à stimuler des investissements dans le numérique, ainsi que la facilitation de la création d’emplois dans ce secteur. Le défi à relever est de transformer cette période de turbulences en une opportunité qui pourrait renforcer le secteur à long terme.
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En conclusion, la demande s’intensifie pour une approche globale qui unit le secteur privé et public face aux défis immédiats du secteur numérique. À travers une stratégie combinée, il est toujours possible de relever les défis actuels et de construire un avenir plus stable pour le numérique français.
